Un panache de fumée s'élève à la suite d'un tir de missile sur un immeuble à Téhéran, le 1er mars 2026.
Amnesty International appelle la communauté à faire respecter strictement le cessez-le-feu –plusieurs fois violé– pour protéger la population civile au Liban et en Iran. © ATTA KENARE / AFP via Getty Images
Moyen Orient

Placer la protection des civils au cœur d’un cessez-le-feu durable

Les cessez-le-feu fragiles entre les États-Unis et l’Iran, ainsi qu’entre Israël et le Liban, doivent laisser place à un cessez-le-feu régional durable couvrant l’ensemble des pays touchés. Une condition indispensable pour épargner aux civil·e·s de nouvelles souffrances et ouvrir la voie à la justice, au respect du droit international et à la protection des droits fondamentaux.

Bien que les hostilités armées aient diminué, la situation reste critique et extrêmement précaire pour les populations civiles du Moyen-Orient. Les deux accords de cessez-le-feu actuellement en vigueur sont fragiles et temporaires et risquent d’être rompus à tout moment, ce qui mettrait une fois de plus en danger la vie de millions de civil·e·s. Les États-Unis et l’Iran continuent d’échanger des menaces et de procéder à des attaques et des saisies de navires dans le détroit d’Ormuz. Au Liban, comme depuis 2024, le dernier cessez-le-feu a entraîné une diminution mais pas un arrêt des hostilités, et l’armée israélienne est toujours présente sur le territoire libanais, interdisant aux habitant·e·s de dizaines de villages des zones frontalières de rentrer chez eux.

Les attaques menées le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran étaient illégales puisqu’elles contrevenaient à l’interdiction du recours à la force inscrite dans la Charte des Nations unies, et elles ont déclenché des actes illégaux commis en représailles par les autorités iraniennes. Depuis, plus de 5 000 personnes ont été tuées et des millions de civil·e·s dans tout le Moyen-Orient ont vu leur vie bouleversée au fur et à mesure de l’escalade des conflits interdépendants dans la région et de la multiplication des attaques contre les populations et les infrastructures civiles. Toutes les parties, notamment les États-Unis, Israël, l’Iran et le Hezbollah, ont lancé des attaques illégales, témoignant d’un mépris glaçant pour les vies humaines, et le président des États-Unis a menacé de façon éhontée de commettre des crimes de guerre, voire un génocide, annonçant la mort d’une «civilisation entière» en Iran.

« La communauté internationale doit maintenant fixer une ligne rouge : il faut mettre en place un véritable cessez-le-feu s’inscrivant dans la durée, ce qui nécessite un arrêt total des hostilités armées de tous les côtés, dans tous les pays concernés »

Agnès Callamard
secrétaire générale d’Amnesty International

« Les soi-disant accords de cessez-le-feu conclus à Gaza en 2025 et au Liban en 2024 ne se sont manifestement pas traduits par un arrêt des attaques israéliennes contre les civil·e·s : jusqu’à 765 Palestinien·ne·s ont été tués depuis, tandis que dans le sud du Liban les frappes aériennes ont été quasi quotidiennes et de nombreux biens de caractère civil ont été détruits.

« Dans une région marquée de longue date par le conflit, qui vit sous la menace constante de nouvelles violences et où l’impunité perdure pour les crimes de droit international, les civil·e·s ne peuvent se contenter d’une nouvelle pause partielle, sélective ou de courte durée les obligeant à vivre dans la peur et à attendre dans l’appréhension de voir se reproduire les atrocités qu’ils ont déjà subies. »

Les conflits armés se sont rapidement étendus à 12 pays, menaçant la vie et la santé de millions de civil·e·s avec des attaques qui dévastent des habitations civiles et des infrastructures essentielles, portent atteinte à l’environnement et provoquent des chocs économiques dans toute la région et sur la planète entière.

Un cessez-le-feu durable est le seul moyen crédible de protéger les populations civiles et d’ouvrir la voie à la sécurité, à la protection des droits humains et à la justice pour tou·te·s sur le long terme dans la région, notamment en Iran, au Liban, en Israël, dans le Territoire palestinien occupé et dans les États du Golfe. Au 7 avril 2026, le conflit a fait des milliers de victimes civiles : au moins 3 375 morts en Iran, 2 294 au Liban, 21 en Israël, quatre en Cisjordanie occupée et au moins 29 dans les pays du Golfe, sans compter des dizaines de milliers de blessé·e·s, dont de nombreux enfants.

Double risque pour la population iranienne

Dans un rapport paru mercredi 29 avril 2026, Amnesty International détaille le double risque auquel est confrontée la population iranienne, prise en tenaille entre le conflit armé et la répression meurtrière. L’organisation insiste sur la nécessité d’une démarche diplomatique en deux volets, accordant une place centrale à la population civile, qui combine des efforts en faveur d’un cessez-le-feu durable et des mesures concrètes pour empêcher que les autorités iraniennes commettent de nouvelles atrocités.

« Un cessez-le-feu non accompagné de solutions à long terme garantissant le respect des droits humains et s’attaquant aux causes profondes n’est rien d’autre qu’un cautère sur une jambe de bois. C’est particulièrement vrai en Iran, où la population reste sous la menace de nouvelles atrocités de la part des autorités de la République islamique, ainsi qu’au Liban, où les civil·e·s sont confrontés au risque d’un nouveau conflit et à la perspective d’être déplacés durablement et de voir leurs habitations détruites », a déclaré Agnès Callamard.

« Nous assistons à une érosion persistante et dangereuse de l’ordre juridique mondial et du respect du droit international humanitaire. La communauté internationale doit enquêter de manière exhaustive sur les attaques illégales menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran en violation de la Charte des Nations unies ainsi que sur tous les crimes de droit international, et veiller à que les États et les personnes responsables soient amenés à rendre des comptes. »

Les dommages civils au Liban

Au Liban, malgré le cessez-le-feu, les attaques israéliennes et celles du Hezbollah se poursuivent et continuent d’avoir des effets dévastateurs sur les populations civiles. Les frappes quasi quotidiennes de l’armée israélienne, la poursuite de la destruction d’infrastructures civiles et le maintien de sa présence sur le territoire libanais ont entraîné des déplacements prolongés, la perte de moyens de subsistance et une profonde insécurité pour les civil·e·s, sans perspective d’obligation de rendre des comptes ni de réparations. Le Hezbollah a également continué de lancer des attaques, notamment contre le nord d’Israël. Amnesty International appelle à un cessez-le-feu durable s’appliquant à toutes les parties, à la protection effective des civil·e·s et à des enquêtes crédibles sur les violations du droit international.

Les dommages civils dans la région

Dans l’ensemble de la région, les civil·e·s continuent de payer un lourd tribut aux attaques de missiles et de roquettes, notamment en Israël, dans le Territoire palestinien occupé et dans les États du Golfe. L’utilisation d’armes imprécises dans des zones civiles, les frappes contre des infrastructures critiques et l’absence persistante de mesures concrètes pour faire respecter le droit international humanitaire accentuent le risque de crimes de guerre et d’autres graves violations.

« Face à l’escalade des violences et au risque de nouveaux crimes de droit international, la communauté internationale doit agir de toute urgence pour instaurer un cessez-le-feu exhaustif et durable, protéger les populations civiles et mettre fin à l’impunité, afin de créer les conditions d’un avenir fondé sur les droits humains, la justice et une stabilité durable dans toute la région », a déclaré Agnès Callamard.

Pour en savoir plus