En principe, si. Dans la réalité, malheureusement, non. Partout dans le monde, les femmes et les filles subissent des violations de leurs droits fondamentaux parce qu'elles sont des femmes ou des filles.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Bien que beaucoup de choses se soient améliorées de nos jours, les femmes et les filles n'ont toujours pas les mêmes opportunités et chances que les hommes. Dans son rapport annuel « The Gender Snapshot », l’ONU Femmes dresse un constat en demi-teinte : des progrès ont certes été réalisés, mais le chemin vers l’égalité est encore long. 10 % des femmes du monde entier vivent dans des conditions de pauvreté extrême. Une jeune femme sur cinq est mariée avant l'âge de 18 ans, et une femme sur huit âgée de 15 à 49 ans subit des violences de la part de son partenaire. Mais ces situations ne sont pas immuables ! Là où des lois, des services et des systèmes de protection efficaces existent, les violences conjugales sont 2,5 fois moins fréquentes. La mise en œuvre cohérente des droits des femmes par les États a donc un pouvoir de transformation immense.
Si les filles réussissent aujourd’hui mieux leur scolarité que les garçons, cela ne se traduit pas par une égalité professionnelle. Dans 65 pays sur 70, les femmes restent cantonnées au rôle d’enseignantes, rarement celui de directrices, et ce, à formation égale. Elles n’occupent que 27 % des sièges parlementaires et 30 % des postes de direction dans le monde. Ce plafond de verre s’explique en grande partie par la charge mentale et domestique : les femmes assument encore 2,5 fois plus de travail de soin non rémunéré (garde d’enfants, ménage, aide aux proches etc.) que les hommes.
La question des droits sexuels et reproductifs est centrale. Seules 56,3 % des femmes mariées ou en couple entre 15 et 49 ans ont le contrôle total et le pouvoir de décider de leurs droits sexuels et reproductifs. Autrement dit, près d’une femme sur deux ne choisit pas entièrement la manière dont elle souhaite vivre sa sexualité et gérer sa contraception.
Les femmes confrontées à plusieurs formes de discrimination sont particulièrement touchées par ces injustices – d'une part parce qu'elles sont des femmes, mais aussi parce qu'elles vivent avec un handicap, ont plus de 60 ans ou ont un parcours migratoire.
Les droits des femmes sont des droits humains
Les droits humains sont universels : ils s’appliquent à toutes les personnes, sans distinction de genre, d’origine ou de croyance. Par conséquent, les droits humains s'appliquent aussi, bien entendu, aux femmes. Pourtant, il est crucial de parler spécifiquement de « droits des femmes ». Pourquoi ? Comme le montrent les chiffres ci-dessous, les structures patriarcales qui régissent nos sociétés restent omniprésentes. Elles empêchent ou rendent plus difficile pour les femmes d'exercer les professions qu'elles souhaitent. Elles restreignent la liberté sexuelle. Elles freinent leurs carrières. Et elles font que les femmes ne peuvent pas rentrer chez elles la nuit l'esprit tranquille.
Le travail d’Amnesty International se concentre sur trois axes majeurs : la lutte contre les violences sexuelles – c’est à dire la violence subie par une personne en raison de son genre social ou biologique –, la défense du droit à l’avortement et la protection des personnes marginalisées, telles que les travailleuses du sexe. Nous adoptons une approche intersectionnelle : nous n’analysons jamais les droits des femmes de manière isolée, mais toujours en lien avec d’autres rapports de domination comme le racisme, classe sociale, statut migratoire ou encore le handicap.
Les revendications d'Amnesty International
Le droit international impose aux gouvernements de prévenir les violences, de poursuivre les coupables et de protéger les victimes, qu’il s’agisse de conflits armés ou de sphère privée. Amnesty International fait pression pour que les États s’acquittent de cette obligation et :
- Abrogent les lois discriminatoires envers les femmes,
- Protègent efficacement les femmes contre toute violence,
- Sanctionnent les actes de violence,
- Garantissent un accès réel à la justice,
- Mettent en place et soutiennent des structures de protection et d’accompagnement pour les femmes victimes de violence,
- Garantissent un accès sûr et sans obstacle à l'avortement,
- Protègent et soutiennent les défenseur·se·x·s et les organisations de droits humains.
Les structures patriarcales façonnent aussi les droits humains
Le système des droits humains porte les cicatrices de son histoire masculine. En 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne reconnaissait que l’homme comme sujet de droit. La Suisse a pu se qualifier pendant près de 700 ans de plus vieille démocratie du monde sans que les femmes y soient politiquement égales. Même la Déclaration universelle de 1948, bien qu’universelle dans son principe, a été rédigée et appliquée par des hommes ignorant souvent la réalité des femmes.
Pendant des décennies, la frontière stricte entre sphère « publique » et sphère « privée » a obstrué la lutte contre les violences domestiques. De fait, les violations des droits humains commises contre les femmes se produisent principalement dans la sphère dite « privée ». Il a fallu attendre les années 1980 pour ouvrir le débat sur la responsabilité de l’Etat concernant les violences domestiques au niveau international. C’est à la suite de la Conférence de Vienne de 1993 que la communauté internationale a enfin reconnu les obligations de l’État face aux violences commises par des individus dans la sphère privée, qui ont ensuite été clarifiées dans des déclarations et conventions internationales.
En 1793, la défenseure des droits des femmes et révolutionnaire française Olympe de Gouges fut guillotinée pour avoir osé réclamer, dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, l’égalité pleine et entière et l’application des droits humains jusque dans la sphère privée. Son héritage rappelle que ces droits ne sont jamais acquis définitivement et doivent être défendus sans relâche.
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